Froidure de Toussaint au cimetière de Soignies

29 novembre 2025

Le souffle de la bise glacée soulève nos étoffes, nous transperce et givre nos os grelottants. En cette veille de Toussaint, le ciel est réfléchi sur les granits de façon bien terne.

Deux corbeaux s’envolent soudain dans une danse macabre, s’écharpant dans une langue qu’eux seuls peuvent comprendre. Ils offrent, avec les mauvaises herbes et les fleurs sauvages, le seul signe de vie dans un lieu où l’existence est aussi éteinte que la pierre qui recouvre la terre. Le gravier se dérobe sous nos pieds et nous fait tituber dans l’humidité du sol. Il laisse dans son sillage un vacarme à en réveiller les morts. L’odeur de la mousse, des feuilles jonchant le sol, de la forêt, et des fleurs dans nos mains gelées nous enveloppe dans une atmosphère vaporeuse et embrumée.

Les âmes en peine slaloment entre les allées pour rendre leurs hommages. Autour d’elles, une étendue de monuments, à la hauteur du chagrin de chacun. Certaines stèles arborent avec éclat et fierté leurs nouveaux résidents et leurs fraîches fleurs. Certaines encore sont ensevelies par le lierre, l’absence et les années. Là où leurs dates d’avant-guerre s’effacent, la gravure des noms et des épitaphes disparait avec la présence des descendants.

Là-bas, un ange veille sur la foi morte avec son défunt. Un peu plus loin, une vierge pleure encore après tant d’années le fils qui a un jour été celui d’une mère, d’un passé dont on ne se souvient presque plus.

Il fait froid au cimetière de Soignies, le gel arrivera bientôt et figera les statues, les fleurs, les arbres et la pierre.

Un monde mort n’est pas pour autant sans vie.

Il faut juste savoir où regarder.