Stéphanie Grosjean , la journaliste aux mille et une vies
10 décembre 2025
De l’édition de livres, au journalisme, en passant par la radio, de l’écologie au féminisme, Stéphanie Grosjean a vécu bien des vies, et s’est forgée au fil des ans, un parcours pour le moins peu ordinaire. Durant une conférence donnée aux élèves de communication de la HELHa tournaisienne dans le cadre de leur cours de journalisme, elle dépeint avec honnêteté sa carrière pour le moins atypique, et décrit les enjeux du journalisme face aux sujets de société actuels.
Sortie de l’unif en 2002, diplôme de philologie romane en poche, le premier objectif de Stéphanie Grosjean est de travailler dans des éditions de livres pour enfants. Elle devient alors assistante d’édition et le reste pendant cinq années. Mais voilà, elle se pose des questions, et comprend qu’il n’y a pas vraiment de possibilité d’évoluer. Alors oui, elle y a appris beaucoup de choses, mais la perspective de passer sa vie-là ne la comble pas d’une satisfaction rayonnante. C’est alors que survient une opportunité, celle d’intégrer la rédaction de Elle Belgique. Elle la saisira, et les suivantes aussi. Sa carrière dans le journalisme commence alors. Celle dans la radio et les podcasts se profilera un peu plus tard. La vie est faite d’opportunité, et qui de mieux qu’elle pour nous le prouver.
Enjeux journalistiques et combats écologiques
Parmi tous les podcasts et les initiatives créés, un point de convergence est à identifier : l’écologie. Ce sujet, cher au cœur de Mme Grosjean, est présent en thème récurrent dans la plupart de ses productions. Cependant, ce sujet ne fait pourtant pas l’unanimité, surtout auprès des annonceurs, dont les financements sont depuis le début du débat sur l’écologie, difficiles à obtenir. « Je suis consciente de ma responsabilité de journaliste de devoir informer sur ça. Je suis juste énervée que les médias traditionnels ne suivent pas davantage cette voix ».
Tout au long de sa carrière de journaliste, elle fait montre de sa volonté de faire du journalisme « autrement ». Aujourd’hui, la profession présente une tendance alarmante pour une info au caractère anxiogène. On le sait, la presse a du plomb dans l’aile de nos jours. Tandis que les ventes de papier se raréfient au fil des ans et laissent la place au numérique et aux fake news, certains travailleurs sont poussés vers la sortie, dans un souci d’économie pour les rédactions. Ces dernières se raccrochent alors à une stratégie : la production de clics. Ceux-ci augmentent quand une information présente une grande gravité.
La solution du journalisme constructif
L’inconvénient, c’est que cette stratégie, adoptée par une écrasante majorité des rédactions, assombrit le contenu des médias, et crée au sein de la population un sentiment d’anxiété face à l’information. Pour contrer cela, Stéphanie Grosjean a adopté une facette du journalisme peu connue du grand public : le journalisme constructif. « On a juste une autre posture face à l’info, on essaie toujours de donner “la vision entière de la photo’’. Même si on l’aborde sous un certain angle, on tente de donner des solutions, et pas de juste dire ce qui ne va pas. Aux cinq w du journalisme, on rajoute un sixième : la question “et maintenant, comment on fait’’ ».
Ce type de journalisme n’a pas bonne presse partout, notamment auprès des rédactions concurrentes. Souvent dévalorisé, le genre trouve une audience de plus en plus grande au fil des ans. « Quand on parle de journalisme constructif, on dit souvent que c’est le monde des bisounours. Or, c’est un vrai enjeu : quand on voit les effets sur la santé mentale par rapport à ce climat anxiogène, où l’info est omniprésente, c’est un enjeu de société d’apporter une autre manière de faire de l’info ».